Pour Vermithor, je voulais avant tout créer une impression de masse et de solidité. Je le vois presque comme un tank : imposant, brutal et terriblement puissant, mais avec quelque chose de paradoxalement sage et noble.
Son écaille devait traduire cette dualité. Je ne voulais pas la couvrir de pointes. Dans ma façon d’imaginer les dragons, plus ils vieillissent, moins leurs écailles ont besoin d’artifices pour exprimer leur puissance. Pour Vermithor, j’ai donc privilégié une forme massive, presque comme une plaque d’armure, dure et ancienne, capable d’évoquer à elle seule le poids et la résistance d’un dragon de cet âge.
Sa sculpture, elle, m’a donné beaucoup plus de fil à retordre. C’était la première fois que je sculptais un dragon aussi âgé et j’ai dû réfléchir à la manière de traduire physiquement les marques du temps, notamment au niveau de sa gorge et de son jabot. J’ai recommencé sa tête quatre fois avant de retrouver cette expression que j’associe à Vermithor : sage, presque solennelle, mais toujours profondément menaçante.
Et cette sculpture possède une petite histoire que j’aime particulièrement. Lorsque je l’ai terminée et cuite, je me suis rendu compte que j’avais sculpté entière une corne qui apparaît cassée sur Vermithor dans la série. Puis, au moment de démouler mon moule… cette même corne s’est cassée.
Je n’aurais finalement pas pu prévoir meilleure correction. Mon modèle original porte donc aujourd’hui cette corne brisée, presque comme si Vermithor avait décidé lui-même de rectifier mon interprétation.
C’est aujourd’hui une sculpture dont je suis particulièrement fière, et cette petite histoire de corne cassée continue de me faire sourire chaque fois que je la regarde.